Le patrimoine alimentaire et les grandes entreprises agroalimentaires Québécoise
Cette situation met en lumière une fracture de plus en plus visible entre la valeur patrimoniale d'un produit et sa valeur boursière au sein de l'économie mondialisée.
Lorsqu'un symbole de notre culture matérielle change de mains pour obéir à des impératifs de rationalisation financière — qu'il s'agisse de la relocalisation de la production des biscuits Whippet hors du Québec ou de la vente des fromages fins d'Agropur (dont le mythique OKA) au géant français Lactalis —, la réaction d'amertume du public dépasse la simple nostalgie. Elle soulève des questions fondamentales sur la souveraineté de notre garde-manger.
Les mécanismes de cette dépossession
L'optimisation à court terme : Pour les grands groupes et les structures corporatives, l'efficacité opérationnelle prime souvent sur l'histoire. Un produit de niche ou un fleuron régional, bien que rentable, peut être sacrifié ou cédé s'il ne cadre plus avec les grands axes de croissance ou les marges exigées par les actionnaires.
La vulnérabilité des marchés de taille moyenne : Des économies ouvertes comme celle du Québec peinent parfois à trouver des acheteurs locaux dotés de l'envergure financière nécessaire pour acquérir de grands actifs. Cela ouvre la porte à la concentration des marques entre les mains de multinationales étrangères, éloignant ainsi les centres de décision des territoires d'origine.
Le déracinement du savoir-faire : Même lorsque la production physique est maintenue localement dans un premier temps, le passage sous le contrôle d'une entité transnationale modifie la relation entre le produit, ses artisans et sa communauté. Le patrimoine cesse d'être un bien vivant co-construit pour devenir un simple portefeuille de marques.
Vers une réévaluation de notre patrimoine
Ce fossé entre la logique du marché et la préservation culturelle rappelle l'urgence de penser l'alimentation non pas comme une simple marchandise interchangeable, mais comme un bien commun.
La vitalité d'un patrimoine alimentaire repose sur la reconnaissance de sa fragilité face aux grandes manœuvres industrielles, incitant à une plus grande valorisation des circuits courts, des producteurs locaux et des structures capables d'honorer la mémoire de nos terroirs.
J'ai proposé mon texte à Claude Desjardins auteur de l'article du Devoir. Il a eu l'amabilité de de commenter mon texte.
Claude Desjardins
Merci, Monsieur Dubois. Votre exemple des Whippet est exact et il ajoute quelque chose au dossier : Dare est une entreprise familiale canadienne, et la production a quand même quitté le Québec en 2022 pour Cambridge — centralisation des coûts, dans une industrie dominée par Mondelez. Autrement dit, même la propriété canadienne ne protège pas l'ancrage québécois quand la logique de rationalisation s'applique. Le problème que je décris n'est pas la nationalité de l'acheteur ; c'est l'absence de toute instance qui compte le patrimoine dans la décision.
Votre point sur la rareté d'acheteurs locaux d'envergure est juste aussi — c'est le maillon manquant entre « Agropur vend » et « Lactalis achète », et il mériterait son propre examen.

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