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La vente de la fabrication des Whippets et des fromages OKA témoigne d'un manque de sensibilité flagrant des gestionnaires envers notre patrimoine alimentaire. Cela illustre une fois de plus les tensions fondamentales qui traversent notre société moderne, notamment le conflit entre la pure logique de marché et la préservation de la culture.
Cette situation met en lumière une fracture de plus en plus visible entre la valeur patrimoniale d'un produit et sa valeur boursière au sein de l'économie mondialisée.
Lorsqu'un symbole de notre culture matérielle change de mains pour obéir à des impératifs de rationalisation financière — qu'il s'agisse de la relocalisation de la production des biscuits Whippet hors du Québec ou de la vente des fromages fins d'Agropur (dont le mythique OKA) au géant français Lactalis —, la réaction d'amertume du public dépasse la simple nostalgie. Elle soulève des questions fondamentales sur la souveraineté de notre garde-manger.
Les mécanismes de cette dépossession
L'optimisation à court terme : Pour les grands groupes et les structures corporatives, l'efficacité opérationnelle prime souvent sur l'histoire. Un produit de niche ou un fleuron régional, bien que rentable, peut être sacrifié ou cédé s'il ne cadre plus avec les grands axes de croissance ou les marges exigées par les actionnaires.
La vulnérabilité des marchés de taille moyenne : Des économies ouvertes comme celle du Québec peinent parfois à trouver des acheteurs locaux dotés de l'envergure financière nécessaire pour acquérir de grands actifs. Cela ouvre la porte à la concentration des marques entre les mains de multinationales étrangères, éloignant ainsi les centres de décision des territoires d'origine.
Le déracinement du savoir-faire : Même lorsque la production physique est maintenue localement dans un premier temps, le passage sous le contrôle d'une entité transnationale modifie la relation entre le produit, ses artisans et sa communauté. Le patrimoine cesse d'être un bien vivant co-construit pour devenir un simple portefeuille de marques.
Vers une réévaluation de notre patrimoine
Ce fossé entre la logique du marché et la préservation culturelle rappelle l'urgence de penser l'alimentation non pas comme une simple marchandise interchangeable, mais comme un bien commun.
La vitalité d'un patrimoine alimentaire repose sur la reconnaissance de sa fragilité face aux grandes manœuvres industrielles, incitant à une plus grande valorisation des circuits courts, des producteurs locaux et des structures capables d'honorer la mémoire de nos terroirs.


