Projet commun Allégorie et illustration campagne électorale et grands projets industriels


Allégorie : un projet de vacances

Il y a plusieurs années, j'ai animé une formation

à un groupe d’intervenant.e.s communautaire. 

Le thème était la concertation. Voici mon introduction.

Eden et Lou, épuisés par la routine et les exigences du quotidien, décident de partir en vacances dans le Sud. « Ça va nous faire un bien fou de nous reposer et de nous prélasser au soleil… » En quelques heures, les dates sont fixées et la destination est choisie. Déjà, l’enthousiasme monte et la complicité renaît.

Une fois sur place, c'est l’installation rapide dans la chambre, suivie d'une première balade sur la plage. Au retour, Eden se précipite à l’accueil pour ramasser des informations sur l'hôtel, pendant que Lou prend le temps de vider sa valise. Quelques minutes plus tard, Eden revient, tout excité, avec une panoplie de dépliants sur les activités proposées. Lou, de son côté, est déjà bien installé sur la terrasse, plongé dans un roman.

C'est le choc. La tension monte.

Sur le chemin de la salle à manger, le désir du départ s'est transformé en frustration. Une première discussion s'amorce sur un constat partagé : « Il semblait pourtant qu'on avait les mêmes attentes… » On décide sagement de laisser retomber la pression et de reparler de la situation le lendemain matin.

Au petit-déjeuner, la bonne volonté est au rendez-vous. Chacun veut trouver un terrain d'entente. On dresse rapidement une première liste d'options :

  • Chacun fait ses activités de son côté et on se retrouve en fin d’après-midi ;

  • On alterne : une journée de plage, une journée d’activités ;

  • On ne fait que de la plage ;

  • On ne fait que des activités.

Finalement, aucune de ces options ne convient. La tension réapparaît, l'urgence de trouver une solution se fait sentir... mais un constat d'échec s'impose.

Pourquoi ? Parce qu'on s'est entendus sur la destination, mais qu'on n'a jamais pris le temps de partager ce que chacun voulait y vivre pour que ce désir commun prenne réellement forme.


De l’allégorie à l’illustration : La campagne électorale et les grands projets.

Cette allégorie illustre les pièges classiques de la concertation ou de l’adhésion à un projet : la fausse unanimité du départ (s'entendre sur un objectif flou comme « partir en vacances » ou « collaborer ») et la précipitation vers les solutions sans avoir d'abord clarifié les visions, les besoins et les attentes réelles de chacun.

La campagne électorale

Au cours des prochaines semaines, nous entendrons de la part des partis politiques, leurs programmes. Espérons qu’ils nous parlent des solutions concrètes aux problèmes que vivent les citoyen,e,s  aujourd’hui. Sortiront-ils des slogans : la solution c’est la souveraineté, les réductions d’impôts, le tout à l'État, l'économie avant tout. 

Les grands projets industriels

On retrouve également cette rhétorique chez les promoteurs de grands projets industriels comme le port de Contrecoeur et de Sorel : on va commencer la coupe d’arbre, on va sauver le chevalier cuivré, on va diminuer les GES, on va créer des centaines d’emplois, on va soutenir les projets de la communauté

Cette rhétorique du slogan facile et de la promesse clé en main touche exactement au cœur du problème : l'écart entre le discours d'affichage et la réalité du terrain.

Que ce soit en politique ou dans la mise en valeur de grands projets industriels, le recours aux « formules magiques » permet souvent d'éviter d'aborder la complexité des enjeux réels.

Deux manifestations d'une même logique

 1. En politique : Les grandes recettes simplificatrices

Les slogans politiques traduisent souvent une volonté de résumer des enjeux complexes à une seule variable :

« La souveraineté » ou « Le statu quo » : présentés comme des remèdes universels, alors qu'ils ne dispensent pas d'avoir des politiques publiques rigoureuses sur la santé, l'éducation ou le logement.

« Les réductions d'impôts » : Une formule attrayante sur le coup, mais qui passe sous silence l'impact direct sur le financement des services publics et des infrastructures.

« Le tout à l'État » vs « L'économie avant tout » : Deux visions dogmatiques qui opposent artificiellement le progrès social/environnemental et la vitalité économique

2. Dans les grands projets industriels : Le « coche-case » environnemental et social.  

Faire du « coche-case », c'est privilégier les apparences et la bureaucratie au détriment de l'action réelle et de la rigueur.

Chez les promoteurs industriels, la rhétorique prend la forme d'un discours d'acceptabilité sociale très rodé :

L'addition de paradoxes : Promettre la coupe d'arbres ou la destruction d'habitats tout en affirmant « sauver » une espèce menacée (comme le chevalier cuivré) relève souvent d'une logique de compensation théorique plutôt que de la protection réelle des écosystèmes.

L'argument massue de l'emploi : Mettre en avant la création d'emplois ou le soutien communautaire pour balancer dans la balance des impacts environnementaux ou sur la qualité de vie des citoyen.ne.s irréversibles.

L’écoblanchiment opérationnel : Affirmer réduire les GES globaux par des gains logistiques hypothétiques, tout en augmentant la pression industrielle locale.

Les attentes des citoyen.ne.s

Face à ces discours, l'attente légitime des citoyens se résume souvent à trois exigences :

La cohérence et la rigueur :  Des données vérifiables et indépendantes plutôt que des projections optimistes ou des engagements flous.

Une vision globale : La prise en compte de l'ensemble des coûts (sociaux, écologiques, santé publique) et pas seulement des retombées financières à court terme.

Un dialogue authentique : Dépasser les consultations publiques formelles où les décisions semblent déjà prises d'avance.


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